POSITION

2017-07_Sardaigne (3)

FRENCH

Quels objets vaut-il vraiment la peine de conserver sur soi, près de soi ? à titre individuel, quels sont nos besoins réels, minimaux en termes d’utilité et de protection ? Plus précisément, en termes d’habillement et d’habitat ?

Dans cette optique d’une vie dépouillée de superflu, la beauté des objets a-t-elle toujours sa place ? Doit-elle encore donner un sentiment de satisfaction, un sens ?

Le monde est ainsi fait pour que nous puissions y trouver, à condition de les reconnaître et de les identifier, tous les matériaux nécessaires à notre survie, ainsi que ceux utiles pour notre confort de vie.

L’implication donnée par le processus lent de fabrication de ses propres objets, de ses propres structures, agit comme une sorte d’incubateur, et permet l’ajout de valeurs affectives, symboliques, voire magiques à ces derniers. La somme considérable d’attention et d’énergie ainsi transférées à l’objet lui confèrent des propriétés particulières, singulières. Dès lors, nos critères de sélection de ce dont nous avons besoin s’en retrouvent bouleversés. Et ainsi parés de nos propres talismans, nous sommes prêts à affronter l’inconnu.

Car pourquoi avons-nous si peur de nous retrouver seuls ? C’est pourtant la condition nécessaire pour découvrir, observer, puis espérer comprendre la beauté complexe de ce qui nous entoure. Et si le sens de la vie, c’était simplement ça ? Par immersion totale dans notre environnement naturel, réaliser, comprendre, reconnaître sa place en tant qu’animal humain ; descendre enfin de cette échelle imaginaire et dangereuse que nous nous sommes attribuée. Se retrouver au milieu, mais pas au centre, de tout le vivant. Se repositionner pour voir différemment, pour mieux voir. Avoir froid, avoir chaud, avoir faim, avoir peur. Retrouver par l’expérience directe cette forme de sagesse que nous avons perdue et qui pourtant nous avait permis de vivre, de bien vivre même, pendant des dizaines de milliers d’années : l’humilité.

Il nous est aujourd’hui indispensable, plus que jamais, de couper le contact de notre propre volonté, de nous isoler, pour avoir une chance d’apprendre à nous connaître vraiment, que ce soit de façon violente, ou de manière sublime. Puis doucement, intuitivement, reprendre contact avec le monde, avec d’autres êtres sociaux, humains ou non. Réinitialiser, en somme, cette hyperconnexion nocive et dénuée de substance qui constituait notre réalité.

Enfin apparaît la possibilité d’une rencontre : se présenter devant l’autre, en chair, en os et en esprit, frontalement, réellement. Et plonger entièrement dans l’expérience.

ENGLISH

What objects is it really worth keeping on oneself, close to oneself? As an individual, what are our real, minimal needs in terms of utility and protection? More specifically, in terms of clothing and housing?

In this perspective of a life stripped of superfluity, does the beauty of objects still have its place? Should it still give us satisfaction, a sense?

The world is thus made so that we can find there, on the condition of recognizing and identifying them, all the materials necessary for our survival, as well as those useful for our comfort of life.

The implication given by the slow process of manufacturing one’s own objects, one’s own structures, acts as a kind of incubator, and allows the addition of affective, symbolic or even magical values ​​to these. The considerable amount of attention and energy thus transferred to the object gives it particular and singular properties. As a result, our selection criteria for what we need are turned upside down. And so adorned with our own talismans, we are ready to face the unknown.

Because why are we so afraid of finding ourselves alone? Yet it is the necessary condition for discovering, observing and then hoping to understand the complex beauty of what surrounds us. And what if the meaning of life was just that? By total immersion in our natural environment, to realize, to understand, to recognize our place as a human animal; to finally descend from this imaginary and dangerous scale that we have attributed to ourselves. To find yourself in the middle, but not in the center, of all living things. To reposition yourself to see differently, to see better. To be cold, to be hot, to be hungry, to be afraid. To regain through direct experience this form of wisdom that we lost and which nevertheless allowed us to live, to live well even, for tens of thousands of years: humility.

Today it is indispensable for us, more than ever, to cut off contact from our own will, to isolate ourselves, in order to have a chance to get to know ourselves really, whether in a violent way, or in a sublime way. Then slowly, intuitively, to reconnect with the world, with other social beings, human or not. To reset, in short, this harmful and devoid of substance hyperconnection that was our reality.

Finally, there is the possibility of an encounter: to present oneself in front of the other, in flesh, bone and spirit, frontally, really. And to fully immerse yourself in the experience.